Entre tradition et éducation :

Frac Meca situé a bordeaux, a tenu à rendre honneur à ce cri en invitant des artistes marocains dans leur locaux du 3 juillet 2025 au 4 janvier 2026.
La Aita tradition inspirée de la poésie toute droit venue des montagnes de l’atlas au Maroc. Kharboucha entretient le mythe autour de ces femmes analphabètes qui pratiquent la Aita. Elle est un symbole important dans cette tradition du chant crié
haut et fort qui dicte le désire d’émancipation du pouvoir politique de l’époque.

Sofia Recasens au départ de cette exposition, utilise l’œuvre de Mohssin Harraki« chant de l’ombre » qui fait partie de leur collection personnelle depuis 2019. Cette œuvre se constitue de 8 tableaux à fond blanc, avec un cadre en bois. Au centre nous trouvons sur 7 d’entre eux des photographies de morceaux de roche venues du Lot, endroit où l’auteur a vécu. Sur chacune des pierres un des vers du poème final est inscrit. Chaque vers a un sens particulier et peut se lire indépendamment du reste. Mais l’ensemble est réuni sur le dernier tableau écrit en Arabe.

J’étais mon propre invité,
Et j’ai vu l’herbe pousser sur les pierres,
J’ai fait du ciel mon idée et de la terre mon exil préféré,
Les oiseaux ont-ils le sentiment d’appartenir à une nation ?
Et les papillons ont-ils le sentiment d’avoir un corps ?
L’ombre se détache et je suis devenu …
l’image de la chose sur d’autres choses.

Ce poème fait part d’une dimension poétique forte et d’une inscription dans le réel par sa consistance physique. La mémoire affective rentre donc en compte. Cette dernière s’appuie sur un proverbe mazigh qui dit l’importance de faire vivre la mémoire des évènements passés par la poésie sinon on ne peut s’en souvenir.
Ici Mohssin Harraki centre son œuvre sur une décontextualisation de ces roches tout en inscrivant dessus un poème de Kharboucha qui relate d’un sentiment de nationalisme arabe.

« Chant de l’ombre » Mohssin Harraki, 2018

Cette décontextualisation se retrouve dans l’œuvre de Seif Kousmate. Ce photographe et explorateur au National Geographic a déjà connu le succès grâce à son œuvre « Waha » lors de la remise du prix de découverte des rencontres D’Arles.
Il a comme but de capturer l’évolution, et le réel des situations marginales en Afrique.

« The details of a living room » présente à l’exposition Aita, est un extrait de sonprojet « Men vs Fathers » il dira : « La série explore une nouvelle narration de la masculinité et de la paternité, un projet personnel et intime, exprimé à travers une approche multidimensionnelle. »
Cette photographie entourée d’un cadre en bois se compose de 3 éléments décontextualisés : des coussins de canapé au centre, des rideaux blancs en arrières plan et un bras d’homme posé sur l’un des coussins au centre. Le mouvement du bras rappel les tableaux orientalistes avec un main lascive, traduit de l’ambiguïté de cette représentation presque féminine. Comme le montre la photographie, l’absence du père se fait ressentir par la présence d’une partie infime de son corps. Seul le bout de son bras est présent mais il donne l’impression par son étalement de ne pas laisser de place à qui ou quoi que soit d’autre. Selon la tradition marocaine, le salon est un lieu où les femmes n’ont pas le droit de se rendre sauf pour y pratiquer l’entretien domestique. Ici on remarque que le lieu est trop parfait par l’arrangement des coussins sans froissement. Pourtant elles ne sont pas présentes physiquement, il faut faire preuve de recherche plus poussée pour retrouver des indices de leurs présences. Les couleurs chaudes qui animent les parts dessus du canapé rendent l’atmosphère familiale manifeste. Paradoxalement l’artiste par son histoire nous laisse des indices de ces absences.
Par l’exposition d’une scène du quotidien, Seif Kousmate compose en réponse à des questions existentielles sur l’absence parental et la transmission de cette éducation a ses enfants.

« The details of a living room », Seif Kousmate