La solitude comme volonté et futur désir

Vous vous êtes déjà demandé comment cela se fait que, le soir, seule avec un bon repas et votre film préféré, vous vous sentiez mal alors que tout semble si parfait ?
Lauren Bastide est partie de ce constat pour écrire Enfin seule, paru en septembre 2025, un essai féministe sur la solitude féminine. Comme dans l’émission L’Invité du matin, diffusée sur France Inter, le podcast Solitude des femmes : la grande évasion nous permet d’entrevoir de quoi va parler cet essai : le sujet délicat qu’est la
condition des femmes face à l’isolement volontaire ou involontaire.
Lauren Bastide, créatrice du podcast La Poudre et autrice du livre Présentes, un essai sur la présence des femmes dans les lieux publics, les médias et la politique, ouvre le débat plus général du féminisme et nous permet de situer un décor d’écriture.
Ici, dans Enfin seule, il est question de l’absence et du personnel dans la vie des femmes. Cette solitude est caractérisée selon la société ; celle-ci influence la perception des femmes sur elles-mêmes et ne permet pas une libre opinion de leur propre situation, que ce soit dans le couple, la parentalité, le voyage ou encore la
surveillance.
« On peut y puiser la force de retourner le monde. Je veux te faire entrevoir un autre type de solitude, une solitude qui est à la fois un aboutissement et un but, une solitude avec un grand S. »
Cet essai, en 243 pages, tente de nous donner les clefs pour se saisir de ce désir d’émancipation.
La solitude comme volonté et futur désir : Lauren Bastide, dans Enfin seule, nous décrit un portrait de la femme exemplaire, celle qui s’occupe de ses enfants, de son foyer, avec un sourire d’une blancheur éclatante, car elle prend soin d’elle pour son mari. Or, sous ce sourire se cache une solitude infinie, celle d’une femme qui sacrifie son bien-être pour les autres. Et pourtant, c’est à elle qu’on ramène des roses alors que ce sont les tournesols ses
fleurs préférées. C’est cette femme qui repense à l’époque où elle construisait des cabanes dans son
jardin d’innocence. Elle avait un espace à elle, confectionné pour elle et par elle. Comme le théorise Virginia Woolf dans Une chambre à soi, l’espace domestique coupe tout accès à son intériorité et à ses propres désirs.
Le coupable : la charge mentale, qui construit les murs de la vie arbitraire sociale dans laquelle les femmes se retrouvent coincées. La vision de la femme seule, dictée par la société, se retrouve dans chacun des choix de vie des femmes, parce qu’elles ont été entraînées à détester cette idée. En cause, par exemple, les synonymes de
solitude : veuvage, délaissement, séparation. Tous ces mots nous ramènent à une vision négative de la solitude.

Si l’on rajoute à cela l’image entretenue dans les films de la vieille fille avec des chats, sans mari ni enfants, vous obtenez un cocktail rebutant pour n’importe quelle femme.
Pour permettre de s’émanciper de ce regard sur nous-mêmes, Lauren Bastide nous donne une première piste : celle de s’affranchir des relations amoureuses. Majé, dans Ne plus tomber (en amour), dit : « Il faut que la douleur profonde qu’est la rupture cesse, ce moment où nous nous sentons absolument seuls, comme au seuil
de la mort, ce moment où notre identité personnelle est éclatée. »
C’est ce à quoi Lauren Bastide nous permet d’accéder : une vie sans se sentir détruite après chaque moment de solitude, et d’en venir à la choisir pour être toujours prête à l’accueillir. Au lendemain d’une rupture, vagabondant dans une librairie, si vous tombiez sur ce livre et que vous hésitiez, ne doutez plus. Il vous permettra peut-être de voir ce qu’il y a de bon dans votre douleur passagère.